Zénith-hôtel de Oscar Coop-Phane
Nanou est une prostituée, une pute de rue de celles qui attendent le client debout juchées sur talons hauts sur leurs bouts de bitume, de celles dont le client est aussi paumés qu’elles. Nanou travaille près de la place de Clichy, elle espère chaque jour gagner au moins le prix de la chambre de l’hôtel miteux dans lequel elle vie . Nanou souffre, tente de survivre jour après jour entre ses draps crasseux et les chiottes sur le palier. Nanou est lucide. C’est avec cette lucidité sur elle-même et ses clients qu’elle nous parle. L’auteur nous livre des portraits touchant, triste et amusant des clients de Nanou. Ces "monsieur tout le monde" que l’on croise tous chaque jour dans la rue, dans le bus, au boulot qui cherche auprès de Nanou un peu de tendresse, du sexe, une écoute, de la chaleur. Ces hommes qui auprès de Nanou durant quelques minutes échappent à la vie, à leur femme, à leur soucis, à leur solitude. Chaque portrait est entrecoupé du ressenti de Nanou et l’on se rend compte que dans cette relation tarifée ce sont en fait deux solitudes qui s’affrontent. Ce roman est à la fois poisseux et lumineux, sec et tendre et ces antinomies sont possible grâce à l’écriture empathique de l’auteur.
Luc n’avait jamais eu de femme, il ne pouvait pas comprendre la grosse mélancolie que Pio avait au fond de l’estomac. Non, il ne la comprenait pas mais avait toujours été assez malin pour respecter la tristesse des autres. Il n’essayait pas de la sentir ou de la renifler, seulement il se mettait à genou devant elle comme il l’aurait fait pour une statue sacrée. Il comprenait qu’elle était plus forte que lui, plus forte que Pio, cette tristesse. Le tout c’était de vivre avec comme une puce que l’on nourrit de son propre sang. Elle vous ronge mais mieux vaut lui laisser boire quelques gouttes plutôt que de la chasser et qu’elle vous bine jusqu’à l’os en guise de représailles. (page 81 – 82)
♦ Zénith-hôtel de Oscar Coop-Phane
Éditeur : Finitude
ISBN : 978 2 36339 008 0
Parution : novembre 2012
Pages : 125
Prix : 13,50 €
Masse critique de Babelio revient avec l’opération « un livre contre une critique » ouverte à tous, blogueur et non blogueur le 23 mai à partir de 8h30. Une seule condition : avoir déjà posté sur Babelio une ou plusieurs critiques…
La règle du jeu : vous choisissez dans la liste le(s) livre(s) que vous aimeriez lire, et si vous êtes tirés au sort, Babelio vous l’enverra par la poste. Seule contrepartie : dire ce que vous en avez pensé, sous la forme d’une critique positive ou négative, sur Babelio (et sur votre blog si vous en avez un).
Rendez-vous le 23 mai 2013 dès 8h30 ici pour participer. Découvrez ici la liste des livres disponibles.

Broken de Karin Slaughter
Broken est l’occasion pour moi de retrouver l’agent du GBI, Georgia Bureau of Investigation – succursale du FBI au niveau de l’état de Géorgie, Will Trent personnage que j’ai trouvé très attachant à la lecture de Génesis. Sara Linton, également présente dans Genesis, est médecin urgentiste à Atlanta. Elle est originaire du comté de Grant. Ses parents y vivent, elle y a grandi et à longtemps été le médecin légiste du comté. Elle vivait à Grant avec son mari Jeffrey, le chef de la police du comté. Il est décédé en service et Sara voue à Lena, son équipière et protégée, une haine farouche car elle la considère responsable de sa mort. Karin Slaughter décrie cette haine de façon ambivalente : parfois j’ai eu l’impression que la haine de Sara est "justifiée" puis quelques chapitres plus loin je me demande si Sara ne hait pas Lena pour se voiler la face et trouver une coupable à sa peine.
Le corps d’une jeune étudiante est retrouvé dans le lac, assassinée. Très vite le coupable idéal est trouvé : Tommy Braham, jeune garçon présentant une déficience intellectuelle. Il passe aux aveux puis se suicide dans sa cellule de garde à vue en laissant une inscription sur le mur “Pas moi”. Sara appelée par le chef de la police, et vieil ami de la famille, doit constater le décès mais elle connait Tommy, il a été son patient lorsqu’elle donnait des consultations de pédiatrie. Sara a un très mauvais pressentiment sur ce qui est en train de ce passer et que l’on tente d’obtenir d’elle : un certificat de décès attestant le suicide. Dans une petite ville où tout le monde se connait, où les histoires familiales s’entremêlent l’idiot du coin qui tue la jolie étudiante est une version qui arrange tout le monde et évite surement les vagues.
Sara appelle Will à la rescousse et il se lance ensemble dans une enquête trouble et dangereuse. A Grant beaucoup semblent avoir de lourds secrets à cacher et personne ne semble être fidèle à l’image qu’il renvoi à la communauté. Will doit rester intègre et doit prendre de la distance avec la haine farouche que Sara éprouve envers Léna. Il va devoir découvrir la vérité dans la face sombre de tout les protagonistes, mensonges, trahison, corruption, déviance…
L’auteur est très habile dans la représentation du personnage de Lena, c’est pour moi le personnage le plus intéressant du roman. Vis à vis d’elle je suis passée par de nombreuses émotions : rejet, empathie, incompréhension.
Cette enquête aussi sordide soit-elle permettra également à Sara de retrouver une certaine liberté comme s’il fallait parfois vivre le pire pour accepter de revivre. J’espère que Karin Slaughter écrira une suite à ce roman ne serai-ce que pour faire évoluer la relation entre Sara et Will qui sont indéniablement fait l’un pour l’autre !
Je remercie chaleureusement les éditions Grasset pour l’envoi et la découverte de ce roman.
♦ Broken de Karin Slaughter
Traduction : Bernard Ferry
Éditeur : Grasset
ISBN : 978 2 246 79935 1
Parution : avril 2013
Pages : 412
Prix : 19,90 €
Genesis de Karin Slaughter
Ma première lecture d’un roman de Karin Slaughter, Triptyque, ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Voyons ci Genesis m’a réconcilié avec l’auteur, titre d’ailleurs quelque peu nébuleux et étrange, d’autant qu’une traduction du titre original Undone au sens de “détruites” aurait été très parlante.
A quelques kilomètres d’Atlanta, un couple renverse une femme. La femme, totalement nue, à surgi tel un animal sur la route. Son corps est décharné et marqué de nombreuses traces de sévices. Lorsque cette femme est transportée aux urgences elle croise le chemin de Faith Mitchell et Will Trent agents du GBI – Georgia Bureau of Investigation – succursale du FBI au niveau de l’état de Géorgie, présent dans le service des urgences après que Faith ait fait un malaise. L’état de cette femme leur indique que le lieu de la collision est surement proche du lieu où elle a été séquestrée et torturée. En retournant sur les lieux le cadavre d’une seconde femme sera découvert. Rapidement les agents se rendent compte que ces deux femmes sont les premières d’une série.
Rapidement Sara, médecin urgentiste ayant pris en charge la première femme s’immisce dans l’enquête. En tant qu’ancien médecin légiste et veuve du chef de la police d’un comté elle arrive à obtenir la légitimé pour intervenir dans le dossier au grand désarroi de Faith.
Nous sommes ici dans le schéma classique du thriller américain : un tueur particulièrement sadique et des flics « écorchés vifs » qui puisent dans leurs histoires et leurs vécus pour avancer. Nous échappons toutefois au cliché habituel du flic de base pataud et engoncé face à l’agent spécial droit dans ses bottes qui serre les dents en sauvant le monde. Ici Faith et Will présente des failles qui ont un enjeu important sur leurs travail, qui les fait patauger et se planter. Autre originalité, les victimes sont de vraies carnes ! On est loin des victimes dont on imagine la magnifique photo sur papier glacé entourée de la famille et des amis expliquant que ce sont les meilleures personnes au monde. Ici elles sont quasiment antipathiques ! Je me suis plus attachée aux histoires personnelles de Faith et Will qu’à l’avenir des victimes. Will souffre d’un handicap rarement vu développé pour un tel personnage. Le personnage de Sara est intéressant même si je l’ai trouvé plus caricaturale que les autres. Derrière son rôle de veuve forte et allant de l’avant elle est rongée par une haine consécutive à la mort de son mari et j’espère en découvrir plus à ce sujet dans Broken le nouvel opus de l’auteur.
Ce thriller ne démérite pas, l’intrigue tient la route, l’auteur est parfois un peu « bavarde » et ne laisse guère à son lecteur le loisir d’interpréter les intentions des personnages car tout est écrit ce qui est un peu regrettable. C’est le genre de thriller qui tient en haleine et fait vivre au lecteur une montée en puissance jusqu’au dénouement.
“C’est la première fois que je frappe un suspect. Il m’est arrivé de leur faire peur en leur faisant croire que j’en serais capable, mais je ne suis jamais passé à l’acte.
- Ma mère m’a souvent dit que la frontière était mince entre jamais et toujours.” il eut une expression perplexe, et Sara s’expliqua : “Si vous commettez une mauvaise action, c’est plus facile de recommencer la fois suivante, et plus encore celle d’après. Avant que vous ne vous en rendiez compte, c’est devenu une habitude et ça ne trouble plus votre conscience.”
Il la fixa des yeux, une minute entière, lui sembla-t-il.
Elle haussa les épaules. “C’est à vous de voir. Si vous n’avez pas envie de franchir cette ligne jaune, vous n’avez qu’à ne pas recommencer. Pour que ça ne soit jamais facile.” (page 480-481)
Je profite de cette chronique pour vous parler de Save the Libraries la fondation créée par Karin Slaughter en 2010 qui a pour but d’aider financièrement et d’empêcher la fermeture de bibliothèques municipales menacées par la crise économique et dont les subventions ont été supprimées dans de nombreux Etats américains. Elle a fait d’important dons sur ces droits d’auteurs et organise des repas et ventes de charités. Elle a été rejoint dans ce combat par de nombreux auteurs dont Lisa Gardner, Harlan Coben et Dennis Lehane. Karin Slaughter lutte également contre la censure exercée à l’encontre des romans policiers par des lobbyistes conservateurs, liés aux Tea Parties du parti Républicain, en effet des lobbys réussissent à faire interdire la vente des romans présentant par exemple un positionnement pour le contrôle des armes, ou qui sont jugés trop violent. En 2011 ce sont 326 ouvrages qui ont été interdit.
Je remercie chaleureusement les éditions Le Livre de Poche pour l’envoi et la découverte de ce roman.
♦ Genesis de Karin Slaughter
Éditeur : Le Livre de Poche
ISBN : 978 2 253 16888 1
Parution : mars 2013
Pages : 663
Prix : 8,10 €
Bertille ou la Cerise sur le Gâteau

Les lumières s’allument, une magnifique table est dressée de vaisselle cristalline. Bertille est seule en scène à la table de ce grand restaurant. Elle rêve de ce moment depuis un an déjà et en faire part de manière grandiloquente à Monsieur Pierre le maitre d’hôtel. Nous voila entrainé dans un spectacle où la gastronomie, la littérature et la mode s’entremêle de façon savoureuse. Céline Larrigaldie est pétillante, elle joue à la perfection une large palette d’expressions et de sentiments. Elle nous fait rire, nous émeut, nous menace. Elle est tout à la fois gourmande, en colère, charmeuse, rêveuse. Bertille se dévoile au fil du repas, elle personnifie les mets et je parie que la robe « roti de bœuf » à un avenir devant-elle ! De Pline l’Ancien, à Jean Cocteau en passant, entre autre, par Oscar Wilde et Marcel Proust Bertille nous invite à gouter les textes et nous met la littérature à la bouche.

Crédit : Club photo de Chambray-lès-Tours

Crédit : Bertille ou la cerise sur le gâteau
Bertille ou la Cerise sur le Gâteau est une pièce jouée par Céline Larrigaldie et mise en scène par Frantz Herman.
Quelques minutes de solitude

Il est vraiment rare que je parle ici de ma vie privée voici l’exception qui confirme la règle. Vous avez pu remarquer que le blog tourne au ralenti depuis une quinzaine de jours : en effet vendredi 12 avril j’ai fait un AVC. Arrivée au boulot avec un mal de crâne me tenaillant depuis le début de la semaine, au sujet duquel je devais voir mon généraliste le soir-même, j’ai tout d’un coup été incapable de taper un code d’accès sur mon ordinateur. Mon cerveau "connaissait" le mot de passe mais mes doigts tapaient d’autres lettres, mes mouvements me semblaient ralentis puis mon bras gauche est devenu inutilisable. J’ai tenté de me lever et suis alors tombée au sol. J’avais une impression étrange de comprendre ma situation sans pouvoir y réagir. Après une prise en charge très rapide aux urgences et 6 jours d’hospitalisation en neurologie je suis rentrée chez moi avec très peu de séquelles mais une grosse fatigue. Lors de mon entrée en neurologie je ne parvenais plus à écrire, je n’arrivait pas à taper un sms, je confondais les jours. Après quelques jours en soin intensif presque tout est revenu très vite. Aujourd’hui je suis un traitement anti-coagulant et réalise des séances de kinésithérapie afin de ne plus boiter. Tout est un peu plus lent qu’avant, je confonds certains mots et je fais des concours de sieste avec mon chat (que je ne bats pas encore à ce petit jeu…) mais je vais bien ! Je compte bien pourvoir reprendre vite un rythme de croisière sur le blog ainsi que nos échanges qui me sont toujours agréable.




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