Skip to content

Embuscade à fort Bragg de Tom Wolfe

3 octobre 2010

Jusqu’où aller pour obtenir des aveux ?

La dénonciation de faits graves justifie-t-elle le voyeurisme ?

Les faits de guerre héroïques d’un soldat atténuent t-ils la gravité de ses actes ?

Ce sont quelques-unes des questions auxquelles Embuscade à Fort Bragg de Tom Wolfe nous amène à réfléchir.

Ce livre nous plonge dans les coulisses de Day & Nigth, une émission de télévision à succès produite par Irv Durtscher prêt à tout pour « faire le scoop » et nourrir sa vanité.

A Fort bragg, une grande base d’entrainement militaire en Caroline du Nord, un soldat homosexuel a été battu à mort dans les toilettes d’un bar topless. Ce crime est pour l’instant impuni. Irv et son équipe souhaite obtenir les aveux des trois militaires coupables et les diffuser en direct à la télévision, audience garantie ! Ce qui pourrait passer pour un idéal de justice est juste le moyen pour faire du fric, encore plus de fric. Quoi de mieux que du sordide, du trash, du bouseux pour faire exploser la cote d’une émission de trash TV !

Tous les moyens sont bons (même illégaux) pour piéger les 3 rednecks, caméras cachés, micro-espions, strip-teaseuse aguicheuse pour les entrainer dans le camping-car devenu studio d’enregistrement, les mettre face à leurs aveux et apothéose finale : l’animatrice vedette des États-Unis pour les faire avouer !

Tout ne va pas se passer comme prévu car malgré leur inculture, leur racisme, leur homophobie, leur phrasé douteux, l’un deux va tenter de renverse la vapeur. Et si l’émission accusait un héros, un marine trop jeune pour la guerre et déjà confronté à l’horreur, une victime ?

Comble du cynisme, le montage, les coupes, les plans séquence arrangent tout, Irv ne leur laissera aucune chance de s’exprimer. Même un coupable a le droit de s’exprimer mais le spectateur est un idiot et il ne faudrait pas qu’il se laisse attendrir. Ne lui laissons pas le choix de juger par lui-même, gavons le d’image, de son, de mots et rendons le message unique !

Le livre est court, vif, percutant et amène à réfléchir sur notre positionnement face aux médias. Sommes nous si facilement manipulable ?  Les dialogues des 3 militaires sont écrit dans leur propre « patois » auquel, à ma grande surprise, on s’habitue très vite !

Ce livre est acide, dur et effrayant ! Triste société du spectacle…..

– OK, fit Ziggefoos, c’t’exac’tment aske j’voulais t’dire. Et’dans une unité militaire, c’est êt’un homme et c’que l’unité arrête pas d’te dire c’est : Voilà l’test pour un homme. Un homme court pas, s’cavale pas. Un homme r’sque sa puta d’vie… pour son unité ! Ouais chuis d’accord qui la r’sque pour son pays, pour l’drapeau et les gens au pays et tout, mais si qu’tu causes avec n’importe quel mec qu’a été au feu, le vrai feu sur l’terrain, et qu’il est honnête, y va t’dire c’que j’te dis : tu r’sques ta puta d’vie pour l’unité, et l’unité a l’enfonce tout’l’temps l’même clou : sois un homme. Elle te dit pas : sois un homme bien, et sûr qu’a te dit pas sois une femme bien, puta d’bordayl. J’veux dire, tu commences à mettre des femmes au combat, et j’peux t’dire kekchose aussi sûr qu’le soleil y s’lève tous les matins : tu peux oublier qu’t’as des vraies unités combattantes. Paske l’unité a qu’une chose à t’dire : Sois un homme. Même chose pour les homosayckschuels. ‘Xact’ment le même chose. T’essayes d’mette des homosayckschuels dans une unité de combat ? Tu peux l’oublier. L’unité peut plus : sois un homme – avec tout l’respect qu’j’dois -, paske l’genre d’mec qui faut qu’t’aies, y va pas rester transquille aque ça, et que tu peux attend’ deux mille ans et essayer d’l’éclairer sur ça, et y va quand même pas s’t’nir tranquille. Maint’nant vous pouvez ap’ler ça des préjugés, si vous voulez, et p’têt qu’c’en est, mais aske ça change pas les faits d’la vie du tout. Vous, les gens d’la télay, vous f’riez mieux d’dire à l’Amérique qu’a f’rait mieux d’veiller sur ses Jimmy Lowes et ses Florys, paske quand ça va chier, a va en avoir b’soin, et la meeerde a finit toujours par pleuvoir un jour au l’aut’ et aske vous allez avoir b’soin d’kékun pour faire vos guerres, et ces kékuns s’ront et ont t’jours été vos Jimmy Lowes et vos Florys.

Bien avant qu’il puisse commencer à analyser ce qu’il venait d’entendre, une alerte rouge s’était déclenchée dans le tête d’Irv. Ce môme, ce Ziggefoos, était une résurgence de Tobacco Road, un natif archaïque, un vrai primitif du grand Sud, un redneck de Floride – un skinhead -, mais quelque part il s’était débrouillé pour devenir… un jeune combattant américain sincère et éloquent sorti du cœur rural de l’Amérique, qui avait risqué sa vie au service de son pays et avait été grièvement blessé au « puta d’feu » dans les rue de Mogadiscio, en Somalie…Irv n’avait jamais entendu aucun Américian des années quatre-vingt-dix manger si complètement sa propre langue, mais sons sens pratique lui disait que ça passerait très bien à l’écran… Pour beaucoup trop de gens, il serait absolument convaincant… Il  ne clignait pas nerveusement des yeux comme Jimmy Lowe et Flory. Il n’était ni hystérique, ni défensif, ni évasif. Il regardait Mary Cary droit dans les prunelles et il parlait sincèrement, du fond du cœur, à supposer qu’un skinhead comme lui en ai un… Non, il s’en sortait beaucoup trop bien. Il y avait forcément quelque chose à faire au montage…

Je remercie chaleureusement et les Éditions Robert Laffont pour l’envoi et la découverte de ce livre.

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :