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La cellule de Zarkane de Joseph Lubsky

3 octobre 2010

J’ai choisi ce livre en lisant seulement un léger résumé, sans rien savoir de l’auteur Joseph Lubsky. En l’ouvrant je découvre que Lubsky est l’un des pseudonymes de Patrick Sébastien. Je vais être honnête cela m’a d’un premier abord refroidi, P. Sébastien évoque pour moi au mieux des numéros de cirque talentueux au pire ses chansons de fin de soirée avinée. Pourquoi utiliser un pseudonyme si c’est pour dévoiler l’identité réelle de l’auteur dès le livre ouvert ?

Je me suis donc plongée dans ce livre en essayant de penser le moins à son auteur. Et très vite P. Sébastien aurait pu me fredonner le petit bonhomme en mousse à l’oreille que cela ne m’aurai pas fait lâcher le livre !

C’est une histoire de vie, de mensonge, de haine, de fatalité, de fraternité, de rage et de peine.

Kéma jeune garçon sans père né des amours d’une nuit d’une gitane et d’un marin russe aussitôt reparti. Kéma fils adulé auquel sa mère a du mentir sur sa naissance jusqu’à son dernier jour.

Kéma qui un jour deviendra Zarkane, un homme fait de douleurs et blessures.

Zarkane intégrera la pègre, deviendra un voyou, évoluera dans le milieu puis tentera de se ranger. Mais faire table rase du passé n’est pas chose facile et Zarkane le paiera au prix fort.

Ce livre alterne les chapitres au présent en cellule avec Zarkane tentant de vaincre ses démons, de se contrôler, d’expier, de tenir jusqu’à la sortie avec imprégné sur la rétine l’image horrible de deux corps, celui d’une femme et d’un enfant, disloqués, massacrés, tués et les flash-back de sa vie d’antan.

L’emprisonnement pour rédemption ?

Comment vivre avec la culpabilité ?

Ce roman tente de répondre à ces questions en nous plongeant dans une histoire familiale chaotique. La chute du livre est remarquable et très bien pensée.

Malgré quelques ficelles parfois un peu grosse ce roman est efficace et agréable à lire.

Un seul regret non pas dû au livre mais à l’auteur lui-même. En effet surprise par ma lecture j’ai voulu en savoir plus et j’ai découvert que Patrick Sébastien n’a pas seulement prit un pseudonyme, il a créé Lubsky, ancien taulard se revendiquant innocent et dont le roman serai issu des confessions d’un autre détenu. Il c’est grimé pour faire la promotion, a modifié sa voix. Pourquoi ? Pourquoi tenté de faire croire cette histoire réelle ? Pourquoi par ce déguisement tomber dans la tromperie ? En quoi un ancien détenu sera-t-il plus enclin à avoir écrit cela ?

Toutefois cela n’enlève rien à la qualité de ce roman que je vous conseille vivement !

« Le cancer des os l’avait fait partir dans d’immenses souffrances. Malgré des mains qui lui faisaient atrocement mal, elle continuait à égrener chapelet sur chapelet. La dévotion à son paroxysme. Ou le comble de l’absurdité si Dieu n’existe pas. Mais dans ce cas-là, lui seul le sait.

Kéma demanda à Papa Charly la permission de passer la seconde veillée du corps, seul avec Emma et ses pinceaux. Il peignit au début avec Gustav Mahler, puis continua avec sa partition intérieure.

Au matin, le tableau était achevé. Le visage flétri de la vieille dame, parfaitement ressemblant, était posé sur un corps de jeune femme en habits blancs, mains écartées, les paumes tournées vers le ciel. La Vierge vieille. Le docteur en fut profondément ému. Le plus beau cadeau à Emma.

Kéma était passé au-dessus de son ressentiment. Au fond de lui, tout en peignant, il maudissait ce dieu de pacotille qui déchirait de douleur ses plus fidèles et poussait les mamans par la fenêtre. L’émotion était justement dans ce dépassement de lui pour n’être que le regard d’Emma sur elle-même. Autoportrait posthume. Le tableau était sublime. Emma était la Vierge Marie, et, malgré les rides, conservait son visage pur et son regard plein d’amour.

Charles se dit que ce gamin avait un fichu talent. »

« Zarkane le regarde, presque ému. « C’est donc ça, un brave homme, pense-t-il. Un pantin de chair et d’os qu’un penalty contente. Un du troupeau que les bergers affament, et à qui on donne des pelouses de stade en pâture pour qu’il ne bêle plus. Panem et circenses ! Que le peuple s’amuse ! Donnons-lui des gardiens de but pour qu’il n’en ait pas ! De but. En tout cas, nul autre que de tenter de vivre ailleurs qu’en « Aphonie ». La patrie des muets, des consentants, des rampants. »

L’enfermement a multiplié en Zarkane son dégoût des marionnettistes. De ceux qui tendent des ficelles aux corps et aux âmes des pauvres gens. Politiciens, juges, pontes de la finance, patrons de presse à la solde les uns des autres pour un intérêt commun. Son manichéisme l’effraie lui-même, mais il a beau tenter de chercher plus loin, il en revient toujours à ce constat primaire : les hommes sont monstrueux. Superbement ou misérablement. Et les uns accablent les autres. Et les autres ne se rebellent même pas. Ou alors dans des révolutions à l’issue desquelles ils deviennent les uns à leur tour. Il était devenu Zarkane en partie à cause de ça. Quelques chromosomes étranges avaient dû faire le reste. »

Je remercie chaleureusement et les éditions  pour l’envoi et la découverte de ce livre.

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