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La femme du monstre de Jacques Expert

3 octobre 2010

J’ai lu ce livre d’une traite à la fois fascinée et en proie à un profond malaise.

Ce livre est le plaidoyer d’une femme, la femme du monstre. Elle nous raconte sa vie, elle tente de nous prouver qu’elle est, elle aussi, une victime, elle explique les dilemmes, les ressentis refoulés, la complicité inconsciente pour sauver le « paraitre ».

Le monstre, son mari est dans le box des accusés. Il est jugé pour le viol et le meurtre d’une adolescente. La femme est sur le banc des témoins. Le livre alterne entre moment du procès et moment de souvenir de cette femme.

Elle raconte cet homme beau, charmeur, ce tombeur qui s’intéresse à elle, elle si transparente, si insignifiante. Cet homme c’est elle qu’il a choisi, c’est elle qui va avoir « l’honneur » de devenir sa femme, la mère de ses deux enfants. Elle se raconte oie blanche arrivant vierge au mariage et n’ayant jamais connu un homme. Elle se raconte, candide, sure que les brutalités sexuelles, les insultes répétés durant l’acte, les humiliations sont normales… c’est un homme après tout son rôle d’épouse est de le contenter.

Elle raconte cet homme qui réussit professionnellement, qui ramène de l’argent à la maison, qui la fait vivre en petite bourgeoise dans son confort coquet et pour cela elle accepte tout. Cet homme qui l’amène à fréquenter du beau monde, cet homme qui a fait de leur barbecue du dimanche un rendez-vous prisé par leurs amis et connaissances. Cet homme qui renvoi à la société l’image d’une famille idéale et parfaite.

Cette femme si soumise, parfois à la limite de la beauferie racontant que son modèle de féminité est Claire Chazal, que son émission fétiche est « le plus grand cabaret du monde », que son rôle est d’avoir toujours une part de sauté de lapin au congélateur car c’est le plat préféré de son époux et qui prend garde de ne pas oublier la petite fellation du samedi soir car « il aime tant cela »  est une victime effectivement, une victime de son éducation, une victime des apparences mais c’est également une femme qui se pose des questions et qui préfère laisser les réponses enfouies au fond de son inconscient.

Pourquoi tant de déménagements ?

Pourquoi son mari rentre t-il le nuit sentant le parfum bas de gamme et l’alcool ?

Pourquoi entend-elle parler de viol en série partout où ils sont ?

Pourquoi accepte-t-elle les humiliations de plus en plus fréquentes ? Les disparitions de son mari ?

Pourquoi doute-elle ?

Au procès elle est face à un homme qui n’assume rien, une loque qui se dit malade, qui la supplie de l’aider. Et là, elle sort de sa torpeur. Il est victime de violence en prison, elle s’en réjouit; il lui dit l’aimer ainsi que ses enfants, elle leur a dit la vérité sur leur père et il ne les reverra jamais. Elle assiste à la lâcheté de cet homme qui n’a même pas le courage de reconnaitre ses actes.

Elle va témoigner, elle veut que tout le monde sache qu’elle est aussi une victime même si sa peine ne sera jamais aussi grande que celle des parents de la victime.

Mais elle ne parlera pas de ses doutes, de ses accusassions. Une victime de viol n’a pas survécu, cela ne change rien. Elle a plusieurs fois fait disparaitre des preuves en lavant des vêtements tachés, elle reste une victime, elle n’avait pas le choix, elle ne savait pas « vraiment ». D’autres seront condamnés pour ces crimes, elle estime qu’ils ont surement autre chose à payer. Dans ce cas comment la considérer comme une victime ?

Elle n’a commis aucun crime mais elle savait depuis longtemps, elle aurait pu sauver des vies.

Ce livre est bouleversant car il est facile de ce dire « à sa place j’aurai…. » Mais comment savoir ? Je n’arrive pas à la voir comme une victime entière, c’est une victime mais pour moi coupable de s’être tût trop longtemps. Le fait que tout au long de ma lecture je pensai à Monique Olivier, la femme de Michel Fourniret, et à Michèle Martin la femme de Marc Dutroux  pour ne citer qu’elle a surement influencé mon ressenti.

Dans son style ce livre est souvent brutal, vulgaire, cela intensifie et rend très réaliste le discours mais m’a parfois dérangé.

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8 commentaires leave one →
  1. 21 octobre 2010 12 h 56 min

    J’ai lu le bouquin cet été et je dois avouer qu’après avoir été touchée par le sort de la jeune femme dans les débuts, elle commençait sérieusement à me mettre mal à l’aise.
    Même si la pression psychologique est forte, avant même qu’elle ne commence, quand les premiers signes malsains de son mari sont apparus, elle aurait dû se méfier et être au garde à vous, au lieu de ça elle se laisse volontairement mener sans aucune réaction, et ça… je trouve ça un peu gros.

    C’est le style d’écriture qui m’a ammené à ca aussi, toujours dans la plainte, dans la pitié dans la compassion, à force j’en ai eu marre…

    • 21 octobre 2010 14 h 08 min

      Nous avons eu la même réaction à la lecture ! Peut-être est-ce voulu par l’auteur ?

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