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La mort est mon métier de Robert Merle

3 octobre 2010

Ce n’est pas un livre de plage, ni un livre de détente, c’est un livre dur, qui fait mal car il nous rappelle l’ignominie de la Shoa, qui livre qu’il fait parti du devoir de mémoire.

Robert Merle nous raconte l’histoire de Rudolf Lang (en réalité Rudolf Hoess) commandant du camp d’Auschwitz.

Extrait de la préface du livre écrite par Robert Merle signé du 27 avril 1972

Il y a bien des façons de tourner le dos à la vérité. On peut se refugier dans le racisme et dire : les hommes qui ont fait cela étaient des Allemands. On peut aussi en appeler à la métaphysique et s’écrier avec horreur, comme un prêtre que j’ai connu : « Mais c’est le démon ! Mais c’est le Mal !… ».

Je préfère penser, quant à moi, que tout devient possible dans une société dont les actes ne sont plus contrôlés par l’opinion populaire. Dès lors, le meurtre peut bien lui apparaitre comme la solution la plus rapide à ses problèmes.

Ce qui est affreux et nous donne de l’espèce humaine une opinion désolée, c’est que, pour mener à bien ses desseins, une société de ce type trouve invariablement les instruments zélés de ses crimes.

C’est un de ces hommes que j’ai voulu décrire dans La Mort est mon Métier. Qu’on ne s’y trompe pas : Rudolf Lang n’était pas un sadique. Le sadisme a fleuri dans les camps de la mort, mais à l’échelon subalterne. Plus haut, il fallait un équipement psychique très différent.

Il y eu sous le nazisme des centaines, des milliers, de Rudolf Lang, moraux à l’intérieur de l’immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sérieux et leurs « mérites » portaient aux plus hauts emplois. Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, par respect pour l’Etat. Bref, en homme de devoir : et c’est en cela justement qu’il est monstrueux.

Robert Merle retrace dans la première partie du livre l’enfance de Rudolf Lang en se basant sur les résumés des entretiens du psychologue américain Gilbert qui l’interrogea au moment du procès de Nuremberg.

Lang à eu une enfance très dure. Son père le destinait à devenir prêtre. Nous apprenons que ce père dur, froid, insensible a commis une faute envers sa femme à Paris (cocufiage ? rencontre de prostituées ?) et que depuis cette faute il s’est mit en tête de prendre sur lui l’ensemble des fautes de la famille ainsi que de faire don de son fils à l’église. On sent également une très forte frustration de ne pas être devenu officier comme les autres hommes de la famille.

Il va formater Rudolf à obéir, sans réflexion, juste obéir.

Cet extrait glaçant nous prouve cette vision théorique des choses, sans humanité, sans réflexion, sans interrogation sur ce qu’on lui demande mais uniquement un but : réussir, obéir, accomplir son devoir.

« Je passai la semaine qui suivit dans une angoisse terrifiante : le rendement de Treblinka était de 500 unités par 24 heures, celui d’Auschwitz devait être, selon le programme, de 3000 unités ; dans quatre semaines à peine, je devais remettre au Reichsführer un plan d’ensemble sur la question, et je n’avais pas une idée.

J’avais beau tourner et retourner le problème sous toutes ses faces, je n’arrivais même pas à entrevoir sa solution. J’avais vingt fois par jour la gorge douloureusement serrée par la certitude de l’échec, et je me répétais avec terreur que j’allais lamentablement échouer, dès l’abord, dans l’accomplissement du devoir. Je voyais bien, en effet, que je devais obtenir un rendement six fois plus élevé qu’à Treblinka, mais je ne voyais absolument aucun moyen de l’obtenir. Il était facile de construire six fois plus de salles qu’à Treblinka, mais cela n’aurait servi à rien : il eut fallu avoir aussi six fois plus de camions, et là-dessus, je ne me faisais aucune illusion. Si Schmolde, en dépit de toutes ses demandes, n’avait pas reçu de dotation supplémentaire, il allait de soi que je n’en recevrais pas non plus.

Je m’enfermais dans mon bureau, je passais des après-midi à essayer de me concentrer, je n’y parvenais pas, l’envie irrésistible me venait de me lever, de sortir de ce bureau dont les quatre murs m’étouffaient ; je me forçais à me rassoir, mon esprit était un blanc total, et j’éprouvais un profond sentiment de honte et d’impuissance à la pensée que j’étais inférieur à la tâche que le Reichsführer m’avait confiée. »

Lang est en fait un automate au service du parti, il prend un épouse car un homme du parti se doit d’en avoir une, il obéit, il ne comprend pas que certains membres du parti craquent, se rendent compte de l’ignominie de la situation, pour lui se sont des traitres, des lâches. Il se cache derrière sa façade de bon partisan pour accepter de mettre en place la « solution finale ».

C’est devenu un industriel de l’extermination, il gère les victimes de la Shoa comme d’autre gère des stocks de tomates sur le marché.

« Je compris aussi qu’il fallait mettre les chambres à gaz en relation avec la gare, et construire une voie ferrée qui amènerait les transports devant leur porte, tant pour éviter les pertes de temps que pour cacher le contenu des trains à la population civile d’Auschwitz.

Ainsi, peu à peu, l’idée prenait corps dans mon esprit, avec une précision grisante, d’une gigantesque installation industrielle, directement desservie par le rail, et dont les superstructures, s’élevant sur d’immense salles souterraines, comprendraient des cantines pour le personnel, des cuisines, des dortoirs, des beutekammer (chambre de butin), ainsi que des salles de dissection et d’études pour les savant nationaux-socialistes. »

Capturé le 11 mars 1946 par la police militaire britannique, il témoigne pendant les procès de Nuremberg contre Ernst Kaltenbrunner, Oswald Pohl et la firme IG Farben. Il est transféré aux autorités polonaises le 25 mai 1946. Il est jugé par le Tribunal Suprème de Pologne du 1er au 29 mars 47. Condamné à mort le 2 avril 1947, son exécution par pendaison a lieu le 16 avril près du crématorium du camp d’Auschwitz 1 et de la maison qu’il a occupée avec sa famille durant toutes les années pendant lesquelles il a dirigé le camp. Cet homme, pendant son interrogatoire, ne se croyait en aucun cas coupable et répétait constamment que c’était un ordre et qu’il avait obéi.

4 commentaires leave one →
  1. 3 octobre 2010 17 h 52 min

    J’avais lu ce livre il y a quelques années. Il est poignant.

  2. 22 février 2011 17 h 59 min

    J’ai aussi un souvenir terrible de ce livre.
    Dans la même veine (l’auteur qui se met à la place du bourreau), il y a le désormais célèbre ouvrage-fleuve de Jonathan Littell : « Les bienvaillantes ». Dur aussi, avec, en plus, la narration du SS en Russie, dans le froid et la neige.
    Beaucoup n’ont pu soutenir cette lecture ; je suis allée au bout, retournée.

    • 23 février 2011 9 h 42 min

      J’ai tenté de lire les bienveillantes lors de sa sortie mais j’ai abandonné, la mise en page de l’édtion seuil en un bloc, sans paragraphe, et le nombre de termes en allemand m’ont découragés… il dort dans ma bibliothèque en attendant que je le resorte…

      • 24 février 2011 0 h 22 min

        En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est bien que la mise en page des « Bienvaillantes » manque … d’air !! D’autant qu’au vu du texte, le lecteur a besoin de respirer ! Je comprends tout à fait, et je me souviens avoir été gênée par ce point. Quant aux termes germaniques … compte-tenu du fait que je parle cette langue, forcement, cela ne m’a pas trop embêtée !🙂 Mais j’imagine bien combien le vocabulaire des grades militaires allemands puisse rebuter, c’est certain !

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