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Les grandes énigmes de la Justice d’Emmanuel Pierrat

3 octobre 2010

A travers des affaires criminelles atypiques par l’absence de preuve, l’amateurisme de l’enquête, l’attitude maladroite des accusés, la légèreté des témoins, l’auteur décortique les failles et approximations dont fait parfois preuve la justice.

La lecture de ce livre, même s’il met en lumière une dizaine de procès sur des milliers et n’a pas vocation à généraliser me laisse un sentiment de malaise.

Malaise face à des experts qui présentent tout et son contraire comme dans le cas de Marie Besnard, malaise face aux pouvoirs des médias extrêmement néfaste dans le cas du meurtre de Grégory Villemin, malaise face à la rumeur, la malveillance, malaise face au coupable idéal tel Omar Raddad.

Ce livre nous présente aussi des effets de manche, des bons mots d’avocat, des répliques implacables je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cet extrait du procès de Marie Besnard :

M. Béroud (l’expert), avec une superbe impressionnante, venait de nous dire que les traces laissées par l’arsenic criminel dans les tubes d’analyse, ce qu’on appelle « les anneaux » de Marsh, accusaient formellement Marie Besnard.

« – C’est anneaux d’arsenic, dans les tubes de Marsh, vous les avec identifiés formellement ? demanda Me Gautrat (avocat de Marie Besnard).

–          Oui !

Et ces anneaux, deux substances seulement peuvent les former, l’arsenic et l’antimoine ?

–          Oui

–          Et vous différencieriez facilement à vue ces deux métaux ?

–          Facilement »

Alors nous vîmes Me Gautrat sortir de sa manche quelques objets brillants qui étincelèrent dans le demi-jour du prétoire : « Voici six tubes de Marsh. Trois d’entre eux montrent un anneau d’arsenic, trois autres d’antimoine. Pouvez-vous les identifier ? »

Malheureux Béroud ! Nous le vîmes se lever, tendre la main vers les tubes, accepter cette gageure qu’un enfant aurait refusé. Et déjà, M. Béroud, avec une mâle assurance, tendait deux des tubes à l’huissier-audiencier et disait : »Je crois que, pour ces deux la, on peut être formel. »

Il ne restait plus à Me Gautrat qu’à glisser comme un stylet entre les épaules de l’infortuné savant : « J’aime autant vous dire que pas un de ces tubes ne contenait de l’arsenic ! »

Comme si l’incompétence de l’expert ne suffisait pas au procès de Marie Besnard Pierre Scize, qui assiste au procès en tant que chroniqueur judiciaire pour le Figaro relate les faits suivant : Auguste Massip, témoin essentiel de l’accusation, doit être évacué de la salle tant il est agité. Il est de nouveau appelé à la fin de la même journée ; mais après quelques instants de déclarations désordonnées, il faut encore repousser son adition.

Pierre Scize relate ce moment étrange : « On a beaucoup ri à Bordeaux, le jour où les frères Massip, piliers de l’instruction, âmes de l’affaires, parurent à la barre. Leurs cris de chouette, leur gesticulation de télégraphe, leur extravagance donnèrent un spectacle assez cocasse. S’il m’amusa moins que d’autres, c’est qu’au-delà de ce vaudeville, quelque chose me glaçait le cœur. Je voyais un procureur de la République, un juge d’instruction, mis en présence de ces guignols, les écoutant sérieusement, et décidant sur leurs seuls dires de se saisir de la veuve et de l’enfermer cinq années durant dans le fétide et médiocre enfer d’une maison d’arrêt, et d’exhumer douze pauvres corps qui n’avaient pas volé leur repos éternel ».

Lire ces lignes fait sourire et en même temps glace le sang de savoir que le destin de l’accusée est en jeu.

Le chapitre qui ma parut le plus dur est celui consacré au meurtre du petit Grégory en 1984. Je suis née en 1983 et j’ai l’impression d’avoir toujours connue cette affaire, Emmanuel Pierrat s’attache aux rôles des journalistes dans ce drame. La course à l’interview d’une jeune mère venant de perdre son enfant, la pression entre média, l’acte d’un journaliste faisant écouter une bande d’audition à Mr Villemin ayant surement joué pour beaucoup dans sa décision de tuer Mr Laroche, la mère victime devenant suspecte, le nom respect de la présomption d’innocence… Ce chapitre est très douloureux car il exprime un véritable gâchis humains, judiciaire et journalistique.

L’auteur apporte une lumière sur de grands procès mais aussi sur des histoires moins connus tel que le meurtre de la rue des chrysanthèmes. Ce livre doté d’une solide bibliographie tente d’apporter un autre regard face à un système judiciaire qui semble peu à-même de se remettre en cause malgré certaines réhabilitations.

Je remercie chaleureusement  et les Éditions First pour l’envoi et la découverte de ce livre.

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