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Souvenirs de la cour d’assises d’André Gide

3 octobre 2010

Ce court texte écrit en 1913 est extrait de Souvenirs et voyages. Il relate l’expérience de juré de cours d’assises de l’auteur mais également sa connaissance de ce domaine en tant que spectateur au sens noble du terme, sans voyeurisme.

De tout temps les tribunaux ont exercé sur moi une fascination irrésistible. En voyage, quatre choses surtout m’attirent dans une ville : le jardin public, le marché, le cimetière et le palais de justice. Mais à présent je sais par expérience que c’est une tout autre chose d’écouter rendre la justice, ou d’aider à la rendre soi-même. Quand on est parmi le public on peut y croire encore. Assis sur le banc des jurés, on se redit la parole du Christ : Ne jugez point.

Et certes je ne me persuade point qu’une société puisse se passer de tribunaux et de juges ; mais à quel point la justice humaine est chose douteuse et précaire, c’est ce que, durant douze jours, j’ai pu sentir jusqu’à l’angoisse. C’est ce qu’il apparaîtra peut-être encore un peu dans ces notes.

Dans l’actualité, pas une semaine sans que la justice (et sa réforme) ne soit abordée, ses manquements, ses abus, ses failles, ses incompétences…

Ce livre écrit en 1913 m’a semblé très actuel, j’ai d’ailleurs eu part moment l’impression de revoir, au fil de ma lecture, « 10eme chambre d’instance » de Raymond Depardon, à la différence que les délits jugés par la la cour d’assise sont sans commune mesure avec ceux jugés par la 10eme chambre et que plusieurs décennies séparent ces deux oeuvres. Les mêmes problématiques, une justice qui parle un vocabulaire que beaucoup de prévenus ne comprennent pas, une justice de l’esbroufe en fonction du talant de votre avocat, une justice où on voit apparaitre des peines « du doute » bien trop pour un innocent, trop peu pour un coupable, des jurés qui subissent la pression médiatique, une justice engorgée…

« Les cultivateurs, de beaucoup le plus nombreux sont décidés à ce montrer très sévères ; les exploits des bandits tragiques, Bonnot, etc., viennent d’occuper l’opinion : « Surtout pas d’indulgence », c’est le mot d’ordres, soufflé par les journaux ; ces messieurs les jurés représentent la Société et sont bien décidés à la défendre. »

« Le malheureux fait de grands efforts pour suivre le réquisitoire de l’avocat général, dont on voit qu’il ne comprend de-ci de-là que quelques phrases. »

A la fin de la lecture on comprend mieux la difficulté d’être juré, le poids de devoir porter sur ses épaules une part de responsabilité d’une condamnation ou d’un acquittement dans une justice qui ne semble pas d’une fiabilité sans faille.

Ce texte est disponible en folio (2 euros).

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