Skip to content

La maison du mort de Dominique Lecomte

8 février 2011

Dominique Lecomte, professeur de médecine légale, est à la tête depuis plus de vingt ans de l’Institut médico-légal de Paris. Elle évoque dans ce livre la mort et surtout le mort avec un profond respect. L’auteur s’adresse à un ami qu’elle tutoie, ce parti-pris m’a, au début, gêné, surement parce que je m’attendais à mettre une distance avec ce texte, puis au fil des pages m’a donné l’impression d’une confidence chargée de dignité et d’émotion.

Par une approche thématique (mort criminelle, suicide, mort et justice, corps altérés, accident…) l’auteur évoque son travail ainsi que celui de ces équipes au sein de l’IML. Ce lieu où l’on est amené à se rendre dans des situations dramatiques peut-être effrayant, on l’imagine froid, inhumain, sans bruit autre que celui des chariots transportant les corps. Par son témoignage l’auteur nous prouve le contraire, elle nous met face à la mort avec douceur, elle sait trouver les mots pour réconforter, expliquer, elle sait aussi respecter le besoin d’isolement de certain, le besoin de violence, le besoin de trouver un coupable. Elle nous prouve que face à la mort nous avons besoin d’une prise en charge individuelle, il n’y a pas de « modèle », certain s’effondre, certain hurle, certain ont peur, à chaque le Docteur Lecomte accorde le temps qu’il faut, dit les mots qu’ils ont besoin d’entendre, apportent les réponses qu’ils attendent.

Ce livre est profondément humain, on sent chez l’auteur un immense respect pour les défunts dont elle a la charge, sdf mort de froid, corps sans identité, victimes d’accidents, victimes d’agressions, jeunes, vieux, indigents, tous sont traités avec le même professionnalisme et la même humanité que ce soit pour découvrir les causes de la mort où pour les rendre présentable lors d’atteinte physique.

Dominique Lecomte, docteur des morts, est tout aussi indispensable aux vivants, à ceux qui restent et qui doivent maintenant vivre avec la douleur que provoque la perte d’un être cher.

Le dernier chapitre traite de l’histoire de la morgue, il est passionnant et ravira les passionnés d’Histoire de Paris !

 

L’intense médicalisation précédant le décès en milieu hospitalier a profondément changé le rapport à la mort ; Autrefois, le plus souvent, le décès intervenait à domicile, en famille. Le mort est devenue solitaire, avec l’absence d’ultime échange entre le mourant et les siens.

De nos jours, le mort ne préoccupe guère les jeunes qui baignent dans une violence et une mort virtuelle. La confrontation au corps mort d’un des leurs, on l’a vu, est d’autant plus, pour eux, une prise de conscience sidérante. Le sujet plus âgé ne se préoccupe pas de la mort, mais sait qu’elle adviendra un jour ; il y pense et parfois la désire subite et rapide, comme d’aucuns me l’on confié, mais, s’ils l’ont fait, peut-être était-ce pour conjurer le sort ou par peur d’avoir à la préparer…

Dans les sociétés traditionnelles, la mort est reconnue comme une issue nécessaire, pré-ordonnée, et le trépas individuel est pris en compte comme la perte d’un élément du groupe qui se ressoude autour du défunt. On se rassemble, on se recueille, on prépare le corps, on l’accompagne, on soutient la famille dans une épreuve qui s’inscrit dans le temps : celui d’une vie éphémère, promise à une fin.

Dans nos sociétés occidentales, on a fini par rejeter la mort. On l’a tellement hyper-médiatisée, on l’a si bien brandie comme une menace dans les cas de sida ou de grippe, par exemple, ou paradoxalement glorifiée quand c’était utile pour rassembler (…) que l’espace qu’on lui laisse n’a cessé depuis des années de se réduire, la condamnant au silence. Le mort lui-même est caché, évacué par l’escalier, refoulé des logements, mis en bière, transporté dans un fourgon noir ou gris, enterré à la hâte, comme pour vite effacer sa disparition et passer à autre chose.

Du même auteur : Quai des Ombres chronqué ici par SKTV.

Je remercie chaleureusement Laetitia du site MyBoox pour l’envoi de ce livre.

7 commentaires leave one →
  1. 8 février 2011 18 h 48 min

    Ah, s’il devient voyageur, celui-là, ou « prêt à embarquer », tu me le réserves, hein !
    Toujours à ta disposition pour un échange de liens d’article à article, si tu es intéressée…
    A bientôt !

    • 8 février 2011 19 h 19 min

      Je dois le prêter et des que l’on me le rend je le fait voyager, tu seras en tête de liste ! J’ai pingué ta chroniques très complète de son autre livre : Quai des ombres.

      • 8 février 2011 22 h 29 min

        Merci ! C’est fait, moi aussi.
        J’ai eu tellement de visites ces dernières semaines à propos de son 1er livre que j’avais hâte de lire ta chronique sur le 2nd…
        A partir de maintenant, on se partagera les visites !

  2. 9 février 2011 22 h 09 min

    Un sujet pas facile mais qui a l’air d’être vraiment bien traité, ce livre a l’air très intéressant!

    • 10 février 2011 14 h 18 min

      Ce livre qui traite de la mort est traité de manière la plus humaine possible, n’hésite pas à le découvrir.

Trackbacks

  1. My Boox, selection de mars 2011 « Mes petites idées

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :