Skip to content

Tout, tout de suite de Morgan Sportès

12 septembre 2011

Ce livre est l’autopsie d’un fait divers. En 2006 une bande emmenée par Youssouf Fofana (Yacef dans le livre) enlève Ilan Halimi (Elie dans le livre) parce qu’il est juif et que pour eux « les juifs ont de l’argent ». Il est séquestré, subira de nombreux sévices puis sera laissé pour mort dans un bois. La presse a baptisé cette bande « Le Gang des Barbares », barbares représentait « étranger » pour les grecs et les romains mais ce ne sont pas des étrangers au sens de « différent » qui ont commis ce crime, ce sont des filles et garçons comme nous, qui comme nous ont été à l’école républicaines, comme nous vivent dans des quartiers plus ou moins « fréquentable » et c’est cela qui est absolument glaçant dans ce livre : ce crime a été commis par des gens que l’on croise chaque jours à la boulangerie, dans la salle d’attente d’un médecin, au café… Il est dans ce cas surement rassurant pour l’inconscient collectif de les nommer « barbares ». Ce ne sont pas des barbares, ce sont les pieds nickelés du crime,  les abrutis du système, élevés aux séries tv, ayant pour seul horizon les murs de leurs cités et pour seul avenir la débrouille et les magouilles.

Ce livre est sidérant. Il est incroyable de voir autant de protagoniste garder le silence, minimiser les faits, ne pas prendre conscience qu’une vie est en jeu. Plusieurs parlent à des amis, à leurs parents une réaction prédomine : ne rien dire, ce ne sont pas nos affaires. Pourquoi ? Un simple appel anonyme à la police aurait peut-être pu sauver ce garçon. Si ce n’était pas aussi grave ou rirait de ces gens, de leurs inculture, de leur bêtise, mais c’est grave ils sont nombreux par leurs actions, leurs silences, leurs complicités à être responsable de l’agonie et de la mort d’un jeune homme. L’auteur détaille les fait tel un clinicien, il nous relate minute par minute l’organisation bancale d’un crime. Les tentatives ratés, les complices peu fiable, les geôliers incontrôlables.

Ce roman baigne dans l’islamisation de ces jeunes en ruptures qui deviennent musulman parce que c’est « cool » tel ce geôlier qui « rattrape » ces prières le soir n’ayant pu les faires durant sa journée de garde de la victime. L’appât qui elle semble n’avoir aucune conscience de ce quelle fait, jolie poupée ayant besoin d’être regardé pour existé. Yacef qui clôture un mail de demande de rançon d’un « bisou » incongru, qui harcèle les familles et se retrouve rattrapé par son bégaiement des que la situation lui échappe. On comprend également comment la strategie policière, qui semble avoir utilisé des « méthodes » courante dans le cas de kidnapping contre rançon, a échoué car il n’avait pas face à eux un gangster, un kidnappeur avec une stratégie, mais une bande de bras cassés emmenée par un illuminé. Une bande sans moyen, sans strategie qui gérait au jour le jour l’affaire. Assez vite certains vont partir, d’autre vont se plaindre mais aucun ne relâchera Eli même quand le meneur les dirigera depuis la Cote d’Ivoire où il se refugie régulièrement. Elie a été retrouvé près d’une voie de RER par une passante, corps brulé et mutilé, il décédera peu de temps après à l’hôpital.

Un bémol toutefois, la couverture du livre que je ne trouve pas engageante du tout.

L’auteur ne prend pas partie dans le livre, il relate les faits juste les faits en se permettant toutefois parfois une ironie qui en dit long. Il s’avère tout de même qu’avec les citations introduisant chaque chapitre  l’auteur semble nous transmettre sa vision des choses sans y toucher vraiment ce qui m’a un peu gênée. En effet de nombreuses citations nécessiteraient d’être creusées et étayées.

Je remercie chaleureusement New Book et les éditions Fayard pour l’envoi et la découverte de ce livre.

♦ Tout, tout de suite

Morgan Sportès

Editions Fayard

parution : juillet 2011

page : 378

prix : 20,90 euros

ISBN : 978-2-213-63434-0

Publicités
15 commentaires leave one →
  1. 12 septembre 2011 23 h 33 min

    Je trouve que c’est un peu « tôt » pour écrire sur ce « fait divers » (je déteste ce mot qui banalise les faits)… en tout cas, je ne suis pas prête à lire un livre sur ce sujet tout de suite… mais vu ton avis, je garde précieusement le titre pour plus tard.
    Au plaisir de te lire ^^
    Cajou

    • 13 septembre 2011 12 h 34 min

      Parfois l’impression de ‘trop tôt » est du au livre qui semble surfer sur la vague du sensationnel. ici pas de sensationnel mais un dissection extrêmement fouillé. On s’en que l’auteur est plongé au plus profond des témoignages, des rapports, des expertises.

  2. 13 septembre 2011 7 h 14 min

    J’ai déjà entendu grand bien de ce livre, et j’avais donc déjà envie de le lire.
    En temps habituel, je préfère attendre que les livres sortent en poche pour les acheter, pour une question de prix, mais là, je pense que je vais faire une exception.
    Ce livre me tente trop !

    • 13 septembre 2011 12 h 35 min

      Bonne lecture, je ne manquerai pas d’en lire ta chronique si tu en fait une.

  3. 13 septembre 2011 11 h 13 min

    Un livre cruel, une dissection pointilleuse qui, avant les interprétations sociales et psychologiques, nous permet de « revivre » et de comprendre un fait divers qui a été, comme souvent les faits divers le sont, traité très superficiellement… Et mieux comprendre peut faire peur, certes…..
    On ressort de cette lecture assez abasourdi…

    • 13 septembre 2011 12 h 37 min

      Tu as trouvé le mot juste : abasourdi. On comprend également le rôle pervers des medias qui se sont jeté sur le crime raciste alors qu’un bon nombre des protagonistes etaient loin de tout cela. Ce n’est pas un crime de raciste mais d’opportuniste à mon sens.

  4. 13 septembre 2011 14 h 41 min

    Visiblement un roman coup de poing… Je le lirai quand je m’en sentirais la force…!

  5. 18 septembre 2011 8 h 30 min

    Un roman, vraiment ? Dans quelle mesure est-ce une fiction ? Est-ce qu’il y a un travail créatif, sur la langue, sur les effets narratifs ou est-ce plutôt un travail de synthèse sur un fait-divers ? Je ne lis pas ce genre d’ouvrages : pour témoigner de la violence humaine, la fiction s’en sort aussi bien et permet plus de recul, plus de pensées, plus de liberté, plus de réflexion. Est-ce que c’est parce que ça paraît « plus vrai » que c’est « plus poignant » ? Pourquoi ?? Désolée, je vous embête avec mes questions à la con. Mais ça m’interpelle. Je ne comprends pas, d’après la chronique que tu fais du livre, pourquoi Fayard l’a classé comme roman 😮

    • 18 septembre 2011 13 h 04 min

      Il est effectivement mal classé en roman. Ce livre ne présente pas un « travail » d’écriture mais bien une plongée au plus profond d’un fait divers. Hormis le changement des noms et des rues tout est réelle. C’est une synthèse d’enquêtes, de procès-verbaux, d’expertises. L’auteur donne parfois son ressenti sur les choix de la police par exemple mais tout reste très encré dans le réel. Effectivement la fiction permet plus de recul et de pensée mais ce type d’ouvrage invite également à la réflexion. Ce drame est bien plus d’un fait divers par les dérives journalistiques et de certaines associations juives qui ont voulu ériger ce crime en crime antisémite ce qui est très réducteur à mon sens. Vous ne m’embêtez pas du tout avec vos questions, j’aime quand mes chroniques soulèvent des interrogations 😉

  6. booksnflicks permalink
    26 octobre 2011 17 h 47 min

    j’ai beaucoup aimé ce livre aussi parce qu’il offre un autre éclairage de l’affaire. On comprend mieux comment ces gamins paumés et influençables ont pu être sous la coupe de Fofana ( même si cela n’excuse en rien ce qu’ils ont fait).

    Finalement, je trouve ça assez bien que Sportès ne prenne pas partie. Ca fait partie du côté « clinique », hyper objectif du bouquin.

Trackbacks

  1. Je rejoins le Top Ten Tuesday #1 « Mes petites idées
  2. Rencontrer les auteurs « coup de cœur » de Radio France samedi 26 novembre 2011 « Mes petites idées
  3. Rencontrer les auteurs « coup de cœur » de Radio France samedi 26 novembre 2011 « Mes petites idées
  4. Salon du livre 2012 #4 : les dédicaces « Mes petites idées
  5. Jeu – concours "littératures criminelles : de la réalité à la fiction" en partenariat avec Myboox | Mes petites idées

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :